Le projet cheffe

Note d’intention

« L’existence est un combat et il est des victoires qui ne se remportent qu’au prix de sacrifices et d’efforts sans cesse renouvelés.
Bouziane Bouteldja, dans la continuité de projets chorégraphiques en direction de jeunes dans différentes régions de France, veut dédier un temps, un espace, à un groupe de femmes bigourdanes de tous âges, issues de milieux divers et étrangères à l’univers artistique, pour révéler par le corps la force dont elles font preuves au quotidien. L’égalité homme-femme suscite aujourd’hui plus que jamais des débats houleux dans un contexte de domination masculine normalisée depuis des temps immémoriaux et assimilée par la gente féminine qui en ont acté les logiques de leur propre domination. Cheffe, projet artistique à vocation socioculturelle, propose à ces héroïnes de manifester publiquement leur désir d’émancipation et de justice, de découvrir leurs témoignages intimes, de jeter et projeter spontanément leur regard sur la société sur des sujets qui sont les champs de bataille sur lesquels s’exercent leur combativité : famille, religion, éducation, parité, mixité, égalité salariale, etc.
Il s’agit ici de traduire par le corps et la parole libérés des états affectifs latents ou manifestes : colères, joies, doutes, désirs, frustrations, tabous, etc.

En plaçant ces femmes sous leur aspect de majesté (puissance et action), sans minorer ou nier leurs faiblesses, la pièce pose aussi la question de l’autonomie par la danse : l’art peut-il se penser ici comme levier d’émancipation pour la condition féminine ? En quoi le corps, lieu de domination par excellence, peut-il devenir un outil critique, le moyen d’une révolte ou d’une prise de conscience ? »

Bilan et précisions

Le groupe est très hétérogène, puisqu’il se compose d’environ 25 femmes, chacune issue d’horizons sociaux et culturels très différents et qui très probablement, ne se seraient jamais rencontrées en dehors de la coupole bienveillante de ce projet audacieux. Elles suivent chaque semaine 2 ateliers de 3 heures chacun (le vendredi et le samedi) qui s’articulent autour trois grands axes de travail :

  • La dramaturgie et l’expression scénique, avec Bouziane Bouteldja.
  • La danse et le langage corporel, avec Fabiola Velonjara.
  • L’interprétation et les états émotionnels, avec Florian Brestat.

Ces 3 ateliers convergent tous vers le point central de l’expression et d’une forme de libération salvatrice. La finalité est la création d’un spectacle vivant, créé sur mesure et au fil des séances, qui sortira au PARVIS en 2019. Sortie publique constituant un véritable défi pour certaines, et à laquelle succédera peut-être une tournée, afin de présenter la pièce ailleurs sur le territoire. Au cours du projet Cheffe, qui a débuté en mars 2018, chacune a pu redécouvrir deux choses primordiales :

  • Le rapport au corps.
  • Le rapport aux émotions.

Durant ce projet, l’observation de certaines règles telles que la bienveillance, le respect des pudeurs ou des limites personnelles, ou encore l’écoute attentive de l’autre, était de mise pour permettre d’établir un climat de confiance et d’intimité et afin de libérer le potentiel créatif dans des conditions optimales. Au fil des mois les corps se sont assouplis et les langues déliées, ce qui a permis d’obtenir de belles matières artistiques à sculpter. Nous avons d’ailleurs constaté, au travers des séances, à quel point l’outil de la danse libère la parole, et que l’usage de la parole invite à son tour le corps à s’exprimer ; interactivité qui révèle le rapport organique entre le verbe et le corps.

Le déroulement de ce projet suit une logique qui diffère quelque peu de ce qu’on l’habitude de voir : le chorégraphe ne se présente pas avec un propos prédéfinis au service duquel sont assignés des interprètes mais, même si l’ossature du projet est créée en amont, le propos émane avant tout des femmes. Pour créer, les 3 intervenants partent non pas d’eux-mêmes, mais directement des femmes dans l’expression de ce qu’elles ont de singuliers et de ce qu’elles partagent. C’est en cela que le projet se distingue de la norme dans les processus créatifs scéniques.

Quelques chiffres

  • 24 femmes suivent ce projet et font partie du groupe
  • 31 séances ont lieu en 2018 (environ 3h par séance)
  • 7 enfants étaient régulièrement gardés
  • 4 intervenants internes pour gérer le projet

Logistique et compléments

                Pour ce qui est de l’aspect logistique, nous avons dû tenir compte des emplois du temps de chacune et de leur condition de mère pour certaines. Ainsi, nous avons mis en place la formule de double séance par semaine, afin que celles qui ne pouvaient pas être là le vendredi puissent l’être le samedi, et vice et versa. Aussi, une nounou a été dépêchée à Dans6t pour la garde d’enfants qui pourrait constituer un obstacle à leur présence aux ateliers.

                 Dans l’esprit de partage et afin de souder le groupe, des sorties culturelles ont également eut lieu, dont notamment un repas convivial en juillet pour clôturer la saison et une sortie spectacle à l’Astrada (Marciac) le 10 novembre.

                Pour conclure, nous pouvons dire, très simplement, que ce projet original constitue une grande et belle aventure, tant sur le plan de la richesse artistique, que sur le plan des relations humaines.

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